Le textile est au cœur de la pratique artistique de Suzanne Paquette. Bien plus qu’un simple matériau, il est pour elle un sujet de réflexion inépuisable, un mode d’expression essentiel et une source constante d’inspiration.
Son travail de la lisse alimente cette réflexion. Le choix de la tapisserie haute lisse comme médium d’expression est pour Suzanne Paquette une manière d’affirmer une position de résistance face à l’accélération du temps et à l’hégémonie de l’instantanéité. Tisser aujourd’hui est en soi un acte engagé. C’est affirmer une autre temporalité, c’est un manifeste silencieux.
Présent dans toutes les sphères de notre quotidien, le textile entretient un lien fort avec l’univers féminin et les conditions de vie des femmes ainsi qu’il est appelé à jouer de multiples rôles au cours de notre existence. Parmi ses multiples fonctions, celle qui interpelle particulièrement Suzanne Paquette est ce rôle paradoxal du textile qui consiste à mettre en évidence tout en préservant l’intimité: à la fois révélateur et protecteur de l’intimité, à l’image d’un vêtement ou d’un rideau.
Depuis plusieurs années, Suzanne Paquette explore le thème de la frontière entre l’intime et le public. Il traverse son travail et se décline sous différentes formes alors qu’elle exploite diverses stratégies visuelles, dont l’une d’elles a été profondément influencée par ses rencontres avec la culture marocaine.
Ce qui l’a profondément marquée lors de ses séjours au Maroc, c’est l’importance accordée à la séparation entre la sphère privée et la sphère publique, qui imprègne l’espace et le quotidien. En effet, la nécessité de soustraire la vie privée au regard extérieur y est fondamentale, comme en témoigne l’architecture des habitations, où les espaces de vie sont soigneusement dissimulés. Cette observation a inspiré l’artiste à utiliser la figure de la porte dans ses compositions comme métaphore de la frontière. La porte évoque autant le passage à franchir entre le privé et le public, le connu et l’inconnu que celui entre le permis et l’interdit.
Le contexte de la pandémie a également nourri sa réflexion sur cette thématique. Passer le seuil d’une porte est alors devenu un véritable passage entre deux états : celui de la sécurité et du risque, de l’isolement et de la collectivité, révélant ainsi avec force notre vulnérabilité.
Ses récentes tapisseries, dont les dimensions s’apparentent à celles d’une porte, invitent quant à elles le regardeur à pénétrer son univers de motifs et de textures. Ces œuvres font écho à cette dualité fondamentale entre l’intérieur et l’extérieur, le privé et le public, interrogeant ainsi la porosité de ces frontières qui façonnent notre quotidien.